COVID-19 : confinement et mesures atmosphériques
au Pic du Midi

COVID-19 : confinement et mesures atmosphériques
au Pic du Midi

Depuis le début du confinement dû à la propagation du coronavirus SARS-CoV-2, les articles de presse se succèdent pour nous annoncer une baisse des émissions de CO2 dans l’atmosphère tant dans la presse française qu’internationale.

Les mesures effectuées au Pic du Midi confirment-elles cette tendance ?

Cliquer sur les onglets ci-dessous pour en savoir plus…

Le Pic du Midi a été fermé au public dès le 15 mars 2020 et fonctionne en service minimum (le personnel de l’Observatoire, de la régie et de TDF se retrouve en effectif réduit au sommet). Les services d’observation du Télescope Bernard Lyot et des coronographes ont été suspendus. Cependant les instruments de mesures automatiques atmosphériques de la plateforme environnementale continuent à nous fournir des données, notamment les taux de gaz à effet de serre et les relevés météorologiques.

Confinement : le Pic du Midi à un an d’intervalle (21 mars 2019 et 2020 à 11h25)

L’air est constitué environ de 21 % de dioxygène, de 78 % de diazote et de 1 % d’autres gaz ( vapeur d’eau, méthane, ozone, dioxyde de carbone, etc. ) dont 0,04 % de CO2. Le taux de CO2 est la proportion de molécules de CO2 dans l’air se mesure en partie par million (ppm). Le graphe ci-dessous nous montre la variation du taux de CO2 et de la température de l’air au Pic du Midi depuis août 2015. Nous remarquons que le taux de CO2 augmente d’année en année (variation décennale) mais qu’il varie de façon inverse (anti-corrélée) à la température (variation saisonnière).

Variation du taux de CO2 (en rouge) et de la température de l’air (en bleu) au Pic du Midi depuis août 2015 (copie d’écran du 30 mars 2020). Cliquer sur l’image pour aller sur la page actualisée http://service-edu.bagn.obs-mip.fr/covid-19/ICOS-P2OA_jour.html

C’est Charles Keeling  qui a commencé dès la fin des années 1950 à mesurer de façon systématique le taux de CO2 dans l’atmosphère à Mauna Loa (Hawaï). La courbe de l’évolution du taux de CO2 est connue sous le nom de « courbe de Keeling » et est une des preuves de la production humaine de gaz à effet de serre. Le taux de CO2 à Mona Loa de 1958 à nos jours est accessible sur la page de la NOAA : www.esrl.noaa.gov/gmd/ccgg/trends/ .

Les mesures systématiques ont débuté au Pic du Midi en 2001, d’abord en stockant l’air du Pic du Midi dans des flacons qui étaient analysés en plaine chaque semaine, puis depuis mi-2015 avec un analyseur continu installé au pied de l’antenne TDF. Les taux de gaz à effet de serre mesurés sont ceux du dioxyde de carbone (CO2), du méthane (CH4) et de la vapeur d’eau (H2O). L’expérience est menée par le Laboratoire d’Aérologie de l’Observatoire Midi-Pyrénées dans le cadre du projet international ICOS (Integrated Carbon Observation System).

Le taux de CO2 mesuré au Pic du Midi depuis 2001. On retrouve la même tendance qu’à Mona Loa, soit une hausse de 5% tous les 10 ans (tendance décennale).

Pour accéder aux données du Pic ou de Mona Loa, voir la page gaz-a-effet-de-serre.

Le taux de CO2 mesuré au Pic du Midi depuis 2001. On retrouve la même tendance qu’à Mona Loa, soit une hausse de 5% tous les 10 ans (tendance décennale).

On aura remarqué que le taux de CO2 fluctue alternativement au-dessus et en dessous de la droite montrant la tendance. Le taux est maximum au début du printemps et diminue jusqu’au milieu de l’été : c’est la variation saisonnière due à l’action de la photosynthèse qui dissocie la molécule de CO2 pour stocker le carbone dans les végétaux.


Mesures de la variation du taux de CO2 et de la température de l’air au Pic du Midi sur un an.

Nous sommes au début du printemps. Une baisse du taux de CO2 dans les semaines et mois qui viennent est bien attendue ; elle sera due à l’action de la photosynthèse.



La baisse d’émission de CO2 dans les villes sera-t-elle visible dans les mesures du taux de CO2 au Pic du Midi ?

Cette éventuelle baisse devrait se superposer aux deux variations déjà observées, notamment la variation saisonnière. Pour l’instant, 15 jours après le début du confinement, aucune baisse n’est visible. On peut avancer plusieurs explications :

  • le Pic du Midi est à près de 3000m d’altitude et il faut attendre quelques jours pour que l’air se mélange au dessus de nos têtes ;
  • les  vents actuels viennent du nord-est et les capteurs du Pic du Midi mesurent le taux de CO2 de l’air provenant d’Europe centrale (centrales à charbon) ;
  • c’est le printemps mais les effets de la photosynthèse ne se font peut-être pas encore sentir.

Il faut donc continuer à surveiller la variation du taux de CO2 au Pic du Midi. Une baisse prochaine va bien sûr être observée, elle sera due à l’action de la photosynthèse. Pour distinguer un éventuel effet dû au confinement, il faudra étudier la variation elle-même : la baisse sera-t-elle plus rapide ? Le minimum observé mi-août sera-t-il plus profond ? Aura-t-on une inflexion après la fin du confinement ?

Pages d’accès aux données couplées température et CO2 utiles pour l’étude :

Page html : http://service-edu.bagn.obs-mip.fr/covid-19/ICOS-P2OA_jour.html

Données (format csv utilisable avec un tableur tel que Calc de Libre Office) : http://service-edu.bagn.obs-mip.fr/covid-19/CO2_temp_jour.csv